Nuria Gorrite

Conseillère d'Etat, Cheffe du département des infrastructures et des ressources humaines

Non à une initiative qui fait fausse route

24heures-logoTribune parue dans 24 heures du 25 mai 2016

Qui n’a jamais, au volant, pesté contre un embouteillage ? Cette réaction face à la surcharge fréquente des autoroutes est naturelle. Le réseau de nos routes nationales est à la peine. Construit il y a plus d’un demi-siècle, il accuse aujourd’hui le poids des années et doit remplir de nouvelles fonctions, comme assurer la desserte de proximité des zones d’agglomération, qui concentrent les emplois.

Face à ce constat, la tentation peut exister d’agir vite et sans ménagement. C’est l’option qu’incarne l’initiative dite « pour un financement équitable des transports », soumise au vote le 5 juin. Sous un titre séduisant, cette initiative n’apporte cependant pas de solutions aux problèmes qu’elle soulève. Pire, elle en créé d’autres !

Tout d’abord, relevons que la sécurisation du financement de nos autoroutes est en cours. Un projet de fonds fédéral routier, sur le modèle du fonds ferroviaire adopté triomphalement il y a deux ans, sera discuté au Conseil national, après avoir été adopté par le Conseil des Etats. Il a le soutien de tous les cantons et prévoit un apport de 700 millions supplémentaires par an. En plus du développement routier, il assurera le soutien aux projets d’agglomération sans lesquels nos centres urbains risquent l’asphyxie.

Ensuite, l’initiative laisse penser qu’en déversant un milliard et demi par an sur les routes, on obtiendrait par miracle une augmentation de capacité. La réalité du terrain nous enseigne autre chose : les principaux obstacles résident aujourd’hui, pour les projets autoroutiers (jonctions, élargissements, etc.) dans la planification et les procédures d’obtention des autorisations, qui se heurtent à de nombreuses oppositions. Le futur fonds routier, en prévoyant des étapes de développement pluriannuelles adoptées par le Parlement et sujettes au référendum, permettra d’anticiper en se fondant sur des étapes de développement transparentes et légitimes.

Enfin, en adoptant une vision sectorielle, axée sur la route uniquement, les défenseurs de l’initiative commettent une erreur de perspective. La mobilité d’aujourd’hui se déploie sur plusieurs modes de transports : il ne se trouve plus personne pour contester que les transports publics doivent jouer un rôle central au cœur des agglomérations. L’importance de lignes de train régionales attrayantes, avec de bons horaires ne fait plus débat non plus. Or, contrairement à ce qu’affirment les initiants, leur texte menace l’équilibre entre deux fonds, routier et ferroviaire, tel qu’il se dessine aujourd’hui.

La politique des transports suisse se construit sur des compromis plutôt que sur des coups de sang. La poursuite du développement de réseaux de transports efficaces, condition-cadre fondamentale de notre qualité de vie et de notre prospérité économique, exige un non clair à une fausse solution le 5 juin.

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