Nuria Gorrite

Conseillère d'Etat, Cheffe du département des infrastructures et des ressources humaines

Les familles méritent mieux qu’un conte…

Opinion parue dans 24heures du 15 novembre 2013

Auriez-vous croqué dans la pomme tendue à Blanche-Neige? Non, bien sûr, car, depuis que nous sommes enfants, nous avons appris à nous veiller de ce qui semble, dans un premier temps, appétissant et attirant mais qui s’avère un leurre. C’est ce même réflexe qui doit nous pousser, le 24 novembre, à rejeter l’initiative de l’UDC visant à accorder une déduction fiscale aux parents qui ne travaillent pas à l’extérieur. Et ce, pour au moins quatre motifs.

Tout d’abord, notre système fiscal ne permet pas de déduire des frais qui n’existent pas. Ainsi, si vous ne prenez pas le train ou la voiture pour aller au travail, il vous est impossible de déduire des frais de transport de vos impôts. De la même manière, les frais de garde peuvent faire l’objet d’une déduction, pour autant que les familles attestent de leurs dépenses réelles. L’initiative de l’UDC nous invente une mécanique nouvelle en voulant défiscaliser des frais inexistants.

De plus, dans une période où un salaire seul ne suffit souvent plus à entretenir une famille, l’initiative se trompe de cible. Avons-nous réellement à prôner un modèle qui incite un des parents – souvent la femme – à renoncer à un revenu? Nous avons à plaider au contraire pour le libre choix de l’organisation familiale, à faire en sorte que le produit du travail permette aux gens de vivre et à éviter de favoriser des modèles qui font peser un risque de pauvreté sur les familles.

Car nous connaissons le prix de la précarité. D’abord sur le plan individuel, avec le cortège de douleurs personnelles qu’elle induit, les renoncements, les difficultés rencontrées pour s’insérer dans un marché de l’emploi tendu. Et nous en connaissons aussi le prix au plan collectif, avec les PC Familles, les frais d’aide sociale, le manque à gagner pour les assurances sociales. De plus, l’initiative soumise au peuple générerait des pertes fiscales importantes, tant pour la Confédération que pour les Cantons.

Enfin, les initiants développent un discours culpabilisant pour les familles, les plaçant dans l’obligation d’affirmer que, tout comme les parents qui s’occupent eux-mêmes de leurs enfants, ceux qui les confient à des tiers pendant qu’ils travaillent ou se forment sont des parents qui assument leurs responsabilités, des parents qui élèvent et éduquent leurs enfants.

Le libre choix du mode d’organisation familiale, pour ses propres enfants et pour l’ensemble des membres de la famille, constitue un acquis social que nous devons protéger et développer à tout prix. L’arrivée d’un enfant ne doit pas constituer un risque de précarisation – et elle ne doit pas davantage signifier un éloignement durable de l’un des deux parents du marché du travail et de la vie active.

«Pour les familles», il est donc essentiel de rester à distance des bricolages fiscaux discriminatoires et de ne pas croquer dans la pomme qui nous est tendue.

QR Code Business Card